Circé, Madeline Miller
Fruit des amours d'un dieu et d'une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l'Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu'elle aime changer les choses. Plus humaine que céleste, parce qu'elle est sensible. En l'exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Prométhée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l'immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse...
"But in a solitary life, there are rare moments when another soul dips near yours, as stars once a year brush the earth. Such a constellation was he to me." p.152
Mon avis (avec spoilers):
Je vais être honnête, Circé est un roman que j'ai mis
beaucoup de temps à lire alors que ce n'est pas un très gros livre. Mais à cela
j'ai plusieurs raisons et elles ne sont pas dues au livre en lui-même. La
raison principale est sans aucun doute que c'était un de mes premiers livres
adultes lus en anglais et cela représentait donc un challenge et une plus
grande concentration. Cependant Il arrive souvent que mon esprit tourmenté
n'arrive pas à juste se poser et s'évader et c'était le cas durant ces
derniers mois. Enfin, Il y a une part de moi qui voulait faire durer le plus
longtemps possible cette lecture dans laquelle j'étais toujours heureuse de me replonger
et dans laquelle je me trouvais complètement happé du reste du monde. Car oui
j'ai absolument adoré Circé malgré une lecture plutôt lente et je pense que
c'est aussi comme ça que ce livre peut être apprécié. Il doit être savouré.
Note : 5/5 Circé est ma meilleure lecture de 2020 et entre dans mon top 5 de mes livres préférés.
De quoi ça parle ?
Circé est une fable ensorcelante, avec des personnages forts, avec de la romance comme il faut, et une prose sublime qui magnifie
la nature et la magie. C'est aussi un roman qui redéfinie les
codes. Ici Madeline Miller dénonce le comportement des hommes et redonne aux femmes le
statut qu'elles méritent. Enfin c'est avant tout une redécouverte des classiques
mythologiques et de ses héros.
Je pense que ce roman peut facilement se scinder en 2
parties, qui ne sont d'ailleurs pas du tout égales. Le premier quart, que j'ai
d'ailleurs le plus apprécié dans ce roman, correspond à tout ce qui se passe
avant l'exil de Circé. J'ai extrêmement aimé cette partie qui raconte donc sa
jeunesse dans le palais et les jardins de son père, le dieu Hélios. C'était
extrêmement divertissant d'écouter tout les gossip dans ce palais et de découvrir des
divinités aux personnalités toutes plus excentriques les une que les autres.
Tout
le reste du
livre est donc centré sur l'exil de Circé sur son ile Aiaia et sur les
différentes personnes qui vont croiser son chemin. On part donc dans un
autre univers, récit beaucoup plus tourné vers la faune et la flore,
mais aussi sur le thème de la solitude, de la découverte de soi et de la
sorcellerie puisque Circé se retrouve à devoir vivre seule sur son ile
durant de très longues
périodes sans autres compagnies que ses tapisseries, potions et ses
animaux sauvages, lions, loups, cochons et bien d'autres.
Parlons en plus en détail...
Comme je le disais précédemment, l'écriture est un plaisir pour les yeux, une écriture
qui est extrêmement poétique et fluide, très riche en descriptions sans que ce soit
excessif mais assez pour nous permettre de nous imprégner suffisamment des
décors et de ressentir la nature vivre autour de nous, sous nos pieds.
Circé est sans aucun doute devenue un de mes, sinon mon,
protagoniste féminin préféré. Je me
suis énormément reconnue en elle et je pense que ce qui fait sa force est
justement sa grande humanité et ses faiblesses. Le fait que ce ne soit pas une
héroïne surpuissante au combat ou magnifique est justement quelque
chose qui fait du bien. Comme l'a fait remarqué Ulysse, "il n'a jamais rencontré une déesse qui apprécie aussi peu sa divinité". Et c'est ce qui la rend unique! C'est une déesse qui a beaucoup d'incertitudes, de
peurs mais qui arrive à les surpasser, à apprendre d'elle-même et à se remettre en question.
J'ai adoré qu'à travers les personnes que rencontre Circé on ai pu voir des parcelles de nombreux mythes et héros tels que Thésée et le minotaure, Ulysse, Jason, Achille, Icare, Télémaque, de dieux célèbres, et l'influence qu'elle a joué sur certains d'entre eux.
Ce
roman nous raconte les prémices de la sorcellerie, comment elle en est
arrivé aux mains des humains, et les premiers monstres qui en ont
découlé (comme Scylla par exemple). Circé est donc une des premières
sorcières de l'histoire. Ce n'est pas ici une magie spectaculaire mais
plutôt une magie du quotidien, faite à partir d'herbes et
d'incantations. Circé devient très puissante plus on progresse dans
l'histoire mais cela ne se fait pas parce qu'elle est frappé d'un
éclair;
cela se fait avec les années de pratique comme elle le dit si bien elle
même. Comme elle l'explique, n'importe qui peut apprendre à contrôler
la magie, qui n'est pas une question de sang mais de volonté.
Circé
est aussi un roman féministe puisque la condition de la femme est
mainte fois posé. La femme doit elle resté muette au pied des hommes ou
a-t-elle le droit de s'exprimer ? Les filles sont toujours punies et
exilées par leur père tandis que les fils sont voués à devenir des
"héros", chéris et vénérés, comme Circé nous le fait remarquer. La femme
est perçue par les hommes comme un objet dont ils peuvent disposer
comme bon leur semble. Heureusement, on pourra quand même assister à
l'émancipation de nombreuses femmes. Circé ouvre la marche, elle qui
s'affiche fièrement "sorcière de Aiaia", n'ayant ni maitre ni mari. Et
c'est aussi ce qui va la mettre en danger. . Madeline Miller nous
dépeint parfois un tableau
de la nature humaine très sombre, violant, presque vain, comme lorsque
Circé, encore naive et bienveillante, se fait agresser sexuellement par
un groupe de voyageurs après les avoir acceuillis et nourris. Pour
autant, Elle ne pliera pas face aux hommes et on verra
au cours du récit l'éveil de cette jeune femme autrefois soumise qui ne
se soumettra plus jamais à personne. Le récit s'éclaircit par la suite
et certains personnages emblématiques l'aideront à relativiser sur la
nature des hommes.
Un
autre point abordé au cours de l'histoire est celui-ci : Qui et que
sont réellement les héros? C'est la réflexion à laquelle nous pousse
Madeline Miller. En effet, dans l'histoire de Circé, Ulysse joue un rôle
important. Pourtant, il se met toujours à part des autres héros
mythologiques, il est celui qui doit se salir pour que les autres
brillent, comme il le dit lui même. Mais ne fait il pas aujourd'hui
parti de ces grands aventuriers qui ont fait les légendes, de ces
"héros". Epris de gloire, de trésors gagnés par le fer et par le sang de
ses ennemis, il a lui aussi refait l'histoire. Les héros du futur ne
sont plus alors des sauveurs invincibles mais des aventuriers, des
pirates, des Hommes qui n'ont pas peur de partir affronter l'inconnu et
de devoir redoubler de stratagèmes.
Enfin
Circé aborde les thèmes de la solitude, de la découverte de soi, et de
la maternité. Comment apprendre à vivre avec soi même et ses démons. Que signifie devenir mère. Comment se dépasser pour ceux qu'on aime et quel est le prix à payer de chaque action.
La fin m'a aussi énormément émue et je trouve fait tout son sens après avoir passé autant de temps avec le personnage qu'est Circé et compris sa mentalité, ayant des aspirations bien différentes des autres divinités. C'est une histoire qui, je le sais, restera longtemps ancrée dans mon esprit et après avoir finis ma lecture, je ressens une sorte de tristesse à l'idée de dire adieu à cette femme si puissante et si sage à la fois. Circé est une ode à la nature, à la femme, à la magie, et un bel hommage à nos légendes.
J'ai commencé à écrire mes revues dans un journal en décorant sur le thème du livre donc voici une photo de mes pages sur Circé!
J'ai eu quelques petites déceptions comme celle de ne plus revoir Prométhée qui m'avait paru être un personnage très intéressant de part sa discussion avec Circé et j'attendais donc pendant tout le livre sa réapparition. J'ai aussi été étonné que Circé ne se défasse pas de son exil plus tôt et ne se soulève face à Hélios que peu avant la fin. Cependant je comprend maintenant que cela ne pouvait arriver avant puisque cette histoire a pour but de nous raconter l'apprentissage de Circé sur elle même durant son exil. J'ai adoré que Circé obtienne en fin de compte le respect de son père ainsi que sa liberté en même temps. Je m'attendais aussi à une fin tragique pour Télémachus et suis finalement soulagée qu'il vive et ai la chance de vivre ses propres aventures en ayant le soutien de sa mère et de sa belle famille.
J'aurai voulu plus de Girl-Power...
Oui, Circé a été attaqué et a bien obtenu sa vengeance face aux hommes qui l'ont torturé et violé. J'aurais cependant aimé voir une rébellion de Circé non pas seulement face aux hommes « humain », mais aussi aux hommes divinités surpuissants et méprisants tels que Aèete, Perses, Hélios...Tous ont, à un moment ou un autre, opprimé les femmes sans jamais avoir à rendre de compte.
Le
livre a aussi mis en place une grande rivalité entre la
puissante déesse Athéna et Circé mais aussi entre d'autres personnages
féminins forts. Vous vous souvenez de la
tension palpable entre Circé et Pénélope au début de leur relation. Et
j'allais oublier bien sur la rivalité Circé-Scylla avant sa transformation. Même s'il n'y a
aucun mal a
mettre en place ces rivalités entre femmes puissantes, pourquoi ne pas
plutôt
en faire s'allier quelques unes pour remettre à leur place les divinités masculines dont je parlais plus haut. Dans le même état d'esprit, j'ai été très déçue qu'il n'y ai jamais eu de réelle
réconciliation entre Circé et sa sœur Phisaphaé car je pense que cela aurait été
incroyable de les voir se liguer contre les hommes de leur famille qui les ont
maltraité par le passé. Alors oui je comprend bien que l'autrice suit quand même une
ligne directrice et ne peux pas réinventer complètement les légendes
mais j'aurais tout simplement voulu voir une plus grande rébellion de la part des femmes, et de Circé principalement.
Je compte aussi lire le chant d'Achille de Madeline Miller en 2021.


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